Personne et impersonnel chez Simone Weil

par

Giulia Paola Di Nicola – Attilio Danese[1]

Nous allons présenter quelques aspects de la relation entre «le personnalisme et le concept d’impersonnel» dans la pensée de Simone Weil. Il va de soi que ce thème, central dans la réflexion weilienne, est particulièrement important pour le centre de recherche personnaliste que nous dirigeons et pour notre revue «Prospettiva Persona» (cf www.prospettivapersona.it ).

  1. La critique de la notion de personne (pars destruens)

         La distance du personnalisme. On sait que Simone Weil a exprimé une forte aversion pour le terme “personnalisme”. Est-ce qu’il y avait une vraie distance entre sa pensée et celle des personnalistes? Le personnalisme, connu surtout par Maritain, auquel S.Weil liait aussi Mounier et ses amis, lui apparait lié à la bourgeoisie, tout comme l’existentialisme de Sartre et de Beauvoir: «… la philosophie personnaliste – écrit-elle – a pris naissance et s’est répandue non dans les milieux populaires, mais dans des milieux d’écrivains, qui par profession possèdent, ou espèrent acquérir, un nom et une réputation»[2].

Clairement, le contraste est évident entre le milieu des classes moyennes et dominantes, qui était celui de S. Weil par naissance, avec les milieux qu’elle avait choisis: les syndicalistes, les ouvriers, les socialistes, les anarchistes hostiles à la culture des intellectuels, et notamment les personnalistes des années Trente.La proximité avec ceux qui souffrent était nécessaire à Simone depuis l’enfance: pour se sentir bien elle devait quitter le monde feutré des conventions sociales. Ellel’a fait personnellement en choisissant d’être travailleur et paysan: «J’ai le sentiment, surtout, de m’être échappée d’un monde d’abstractions et de me trouver parmi des hommes réels – bons ou mauvais – mais d’une bonté ou d’une méchanceté véritable»[3].

Cependant nous ne pouvons pas nous arrêter à ces considérations, sans tenir compte de la critique de la notion même de personne, qui semblait encourager l’illusion de soi, comme si la tâche principale de la vie consistait à rechercher des récompenses pour soi-même. Les personnalistes font de la personne la référence centrale des droits. Mais d’un point de vue philosophique, social et moral une personne ne peut pas être le critère de vérité: si l’être humain veut la vérité, elle doit se trouver ailleurs, au-delà de l’individu. C’est ici que s’inscrit le thème de l’impersonnalisme. Pourtant, la vie et la pensée de Simone ont été en fait un service continu de la vérité à toutes sortes depersonnes. On peut avoir l’impression qu’elle tombe dans la contradiction par le fait qu’elle rejette la personne et la promeut en même temps.

Les notions de relation, respect de l’altérité, conscience, unité et intégrité, typiques du personnalisme, appartiennent également à la pensée de Simone Weil. Et que peut-on dire de tout ce que Weil a écrit dans les dernières années sur les «obligations envers les êtres humains» et de leur liste détaillée (Enracinement)? Si du côté des droits individuels Simone voit surtout des revendications, en parlant d’ «obligations» elle trouve qu’il y a une plus forte garantie de justice et de vérité, sur le plan éthique et philosophique. Plutôt que de s’arrêter à la lettre, il vaut mieux mettre l’accent sur le désir d’échapper à des vérités réconfortantes et consolatoires afin de rattraper, autant que possible, le noyau d’une anthropologie qui ne peut pas être autoréférentielle.

Problèmes de langage. Comme l’a souligné S. Fraisse  S. Weil et les personnalistes ne pouvaient pas être adversaires. Cependant, ils ont utilisé un vocabulaire presque entièrement opposé, source évidente de malentendus[4]. Une erreur de vocabulaire est également une erreur de la pensée: le mot personne dans la bouche des philosophes dégénère facilement en “Moi-même”. Dans le vocabulaire weilien il faut entendre personne comme moi, impersonnel comme vérité, individuelle comme pensée, collective comme masse. Ils entrent dans un univers linguistique bien différent de celui du personnalisme, dans lequel individu signifie individualisme, impersonnel signifie anonyme, collectif signifie on, c’est à dire le monde qui se pose lorsque l’ego abdique sa responsabilité et fait seulement masse avec les autres[5].

Aux yeux de Simone Weil un détachement déterminé de la dimension personnelle est nécessaire pour pouvoir voir au-delà des apparences, des impressions changeantes du moi, des conventions et des modes culturels. Au fond, il y a un besoin de métaphysique, un besoin de ne pas confondre la vérité avec le moi, de ne pas faire du moi une divinité.

La personne et le sacré. On dit que la personne est sacrée. Simone Weil pense que: «Il y a dans chaque homme quelque chose de sacré. Mais ce n’est pas sa personne. Ce n’est pas non plus la personne humaine. C’est lui, cet homme, tout simplement. …lui tout entier. Les bras, les yeux, les pensées, tout. Je ne porterais attente rien de tout cela sans des scrupules infinis»[6]. Afin de ne pas sanctifier ce qui ne l’est pas, il faut dire clairement que «la cause qui empêche que la personne se sente sacrée, c’est qu’ en fait, elle ne l’est pas»[7]. Par conséquent: «Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la personne, c’est ce qui, dans un être humain, est impersonnel. Tout ce qui est impersonnel dans l’homme est sacré, et cela seul»[8]. A. Camus lui donnera raison[9].

On voit bien la distance entre la formation philosophique weilienne et l’inspiration judéo-chrétienne, dans laquelle une personne est imago dei. Il ne s’agit pas de positions contradictoires, parce que ce qui est important pour Simone est un regard qui soit réaliste sur l’insignifiance de l’être humain dans le cosmos. D’accord avec Platon, seul le bien est sacré et tout ce qui a à voir avec le bien. «Il y a depuis la petite enfance jusqu’à la tombe, au fond du cœur de tout être humain, quelque chose qui, malgré toute l’expérience des crimes commis, soufferts et observés, s’attend invinciblement à ce qu’on lui fasse du bien et non du mal. C’est cela avant toute chose qui est sacré en tout être humain. Le bien est la seule source du sacré»[10]. Le cœur du problème réside donc dans la différence entre le bien surnaturel et tout ce qui est autre chose par rapport au bien. La transition entre les deux niveaux n’est pas atteinte par accumulation, il faut faire un saut métaphysique.

  1. Le terme «personne» est aussi abstrait et gâté par une idée de substance qui est passible de favoriser chaque type de manipulation. Il en va de même pour d’autres notions indéfinies et rhétoriques  qui reflètent une sorte d’évasion par rapport aux besoins concrets des hommes et des femmes. Si on procède par abstractions, les êtres humains réels sont coupés du discours, parce que l’abstraction et l’oppression vont main dans la main: «Prendre pour règle de la morale publique une notion impossible à définir et à concevoir c’est donner passage à toutes espèces de tyrannie»[11].

D’autres termes sont tellement abstraits comme «personne»: nation, droit naturel, démocratie. Aussi l’expression   «la souveraineté appartient au peuple» est une annonce non réalisés et irréalisable dans l’histoire. Il serait plus réaliste de dire: ’La souveraineté réside dans une assemblée nationale élue’[12]. En outre, puisqu’ il est abstrait, le concept de personne traite tous les individus en égaux, et cela, en plus d’être faux, renforce la discrimination, puisque les hommes et les femmes sont concrètement différents par naissance, classe sociale, éducation…. le principe «égalitaire» dans la réalité confirme l’injustice, puisqu’il n’y a pas pire injustice que de traiter les différents comme des égaux. En fait, seule une élite a le privilège de connaître et de pouvoir articuler ses droits, tandis que l’impersonnel garantit la capacité de rejoindre tous, même «chacun inconnu », comme le dirait Ricoeur[13]. En termes de Weil: «Puisque la personne ne s’épanouit que lorsque du prestige social la gonfle; son épanouissement est un privilège social»[14].

Personne et droits de l’homme. Il ya une faiblesse conceptuelle dans la notion de personne associée à celle de droit, à cause d’une circularité vicieuse entre personne et revendications: «La notion de droit, lancé à travers le monde en 1789, a été, par son insuffisance interne, impuissante à exercer la fonction qu’on lui confiait. Amalgamer deux notions insuffisantes, en parlant des droits de la personne humaine, ne nous mènera pas plus loin»[15]. La société serait une confusion de cris aigus du moi insatisfait, chatouillant la partie inférieure, la plus exposée à l’influence du mal. Alors Simone arrive à écrire: «La personne en nous, c’est la part à nous de l’erreur et du péché»[16]. Les relations interpersonnelles entre des «sujets de droits», au lieu de tendre vers des relations fondées sur la responsabilité mutuelle en matière de soins, aboutissent à se configurer comme des échanges de marché.

C’est seulement si le « je » mets au centre de son attention le bien, qu’il peut échapper au prestige qui domine le monde social et dont il faut toujours se méfier. Comme il faut se méfier de soi, il en va de même avec le collectif, dans lequel le moi se noie: «Le personnel est opposé à l’impersonnel, mais il y a passage de l’un à l’autre. Il n’y a pas passage du collective a l’impersonnel…En ce sens seulement, la personne participe davantage du sacrée que la collectivité »[17]. Il y a une tentation spécifique dans l’être humain: celle d’abdiquer la responsabilité personnelle, nourrie par les assemblages les plus divers (groupes, partis, syndicats, Eglise…), qui demandent la délégation de sa propre individualité et qui gèrent le nous en tant que résultat de la somme des individus approuvés. Chacun est stimulé pour s’habituer à la pensée de la majorité dominante, à se reconnaitre dans un chef et à idolâtrer la bête «platonique ». Nous savons que Simone avait peur de cette tendance très grégaire et qu’elle avoue que, portée par le sillage du groupe, elle aurait pu crier: «Heil Hitler». C’est pour cette raison qu’elle n’a jamais voulu aucune carte et a pris soin de garder ses distances par rapport à l’influence des fascinations collectives. «L’être humain n’échappe au collectif qu’ n s’élevant au-dessus du personnel pour pénétrer dans l’impersonnel»[18].

Les faux droits. Quand on parle de droits, inévitablement on en réclame certains, qui sont codés et protégés, et on oublie les autres. Il est facile de confondre les droits et les caprices, en suivant les vagues et en négligeant ce qui est essentiellement le bien pour la personne. Il y a des objectifs hautement souhaitables et inexprimables, non seulement parce qu’il n’y a pas de mots pour le dire, mais aussi parce qu’il n’y a pas de gens qui peuvent comprendre leur valeur et les poursuivre.

Il s’agit des exigences découlant de l’âme: «L’âme a des besoins, et, quand ils ne sont pas satisfaits, elle est dans un état analogue à l’état d’un corps affamé et mutilé»[19]. Aucune société et aucun État ne peuvent assurer ces besoins parce qu’il y a des choses qui arrivent à l’âme sans qu’elle ne puisse les réclamer; Habeas animam, disait Silone[20]. Il ne s’agit pas des réalisations de la pensée, de la volonté ou du social. Le rôle de la société à l’égard de ces biens n’est pas de les accorder, elle n’aurait pas le pouvoir de le faire, mais seulement de ne pas empêcher de les atteindre ou plutôt d’ «assainir l’air», à savoir rendre l’intelligence et le cœur disposé à les accepter.

Se défendre contre le «nous». Au P. Perrin, Simone a confié de se méfier même des cercles catholiques: «Il existe un milieu catholique prêt à accueillir chaleureusement quiconque y entre. Or je ne veux pas être adoptée dans un milieu, habiter dans un milieu où on dit « nous » et être une partie de ce « nous », me trouver chez moi dans un milieu humain quel qu’il soit. En disant que je ne veux pas je m’exprime mal, car je le voudrais bien ; tout cela est délicieux. Mais je sens que cela ne m’est pas permis. Je sens qu’il m’est nécessaire, qu’il m’est prescrit de me trouver seule, étrangère et en exil par rapport à n’importe quel milieu humain sans exception»[21].

Le «nous» qui est bâti lorsqu’ entre le moi et le tu manque l’impersonnel est une fausse relation, un refuge sucré, rêve de fusion et de puissance. Il y a une tâche personnelle, laborieuse et intransmissible, qui exige le consentement de chacun à sa propre “vocation”, laquelle est toujours individuelle. Remettre soi même au social, à la mode, à l’ « on dit » est une omission impardonnable, l’acte le plus grave de la malhonnêteté. Sur cette attitude fondamentale de l’honnêteté Simone Weil développe l’étude comparative des grands mystiques, qui unit l’Est et l’Ouest dans un seul et grand courant mystique.

 

  1. Pourquoi l’impersonnel (pars construens)
  2. Si on ne peut pas prétendre aux biens de l’âme comme s’il s’agissait de droits, on peut par ailleurs suivre l’obligation intérieure qui vient de l’appel de la vérité. Chacun est responsable de la direction donnée à son regard et à sa vie. Les obligations font référence non à l’ego, mais à la dette à assurer que chacun a par rapport à d’autre êtres humains et par rapport au cosmos: «Chacun de ceux qui ont pénétré dans le domaine de l’impersonnel, y rencontre une responsabilité envers tous les êtres humains. Celle de protéger en eux, non la personne, mais tout ce que la personne recouvre de fragile possibilité de passage dans l’impersonnel»[22].

On peut bien comprendre la préoccupation de Weil, bien distincte de celle des personnalistes, de formuler une Déclaration des obligations envers être humain, qui serait la base d’une juste constitution. Elle désire que les journalistes, les hommes d’affaires, les juges et tous ceux qui s’apprêtent à occuper une position de pouvoir dans la société soient obligés de signer cette déclaration: «Tout homme qui a le pouvoir de brimer ou de tromper des hommes, doit être obligé à prendre l’engagement de ne pas le faire »[23]. Dans L’enracinement, Simone Weil montre qu’ il est possible de formuler les droits sous la forme d’obligations, et qu’un milieu humain de qualité est le fruit d’un engagement qui vise à assurer une relation satisfaisante entre des paires d’opposés également nécessaires: obéissance et autorité, solitude et vie sociale, propriété personnelle et collective, punition et honneur, vérité et liberté d’expression, égalité et hiérarchie, implication sociale et initiative personnelle, sécurité et risque, enracinement dans son propre environnement et communication universelle. Mettre l’accent sur un des deux aspects seulement sans tenir compte de l’autre pôle est un péché de simplification destiné à produire de mauvais résultats, indigne de la noblesse de l’art politique.

Le tiers. Existe-t-il la possibilité d’établir des relations humaines au-delà de l’ego et l’arrogance de « nous »? Dans la perspective de Simone Weil cela se produit lorsque l’ego et le tu se rencontrent dans un point en dehors des deux, qui les unit sans les confondre. D’où l’utilisation du tiers: un intermédiaire dans lequel le je et le tu peuvent réaliser cette transcendance de leur immédiateté et échapper à la tentation d’exercer un certain contrôle l’un sur l’autre. Le tiers permet un horizon de sens commun hétérogène à l’égard des deux.

Simone Weil est convaincue que l’unité entre les personnes a besoin d’une distance à la fois d’ordre métaphysique et éthique. Sa conception de l’amitié se nourrit de respect et de pudeur, une vertu qui est l’expression du mystère qui entoure le je et le tu: personne n’a le droit de profaner ni de déchirer le voile qui protège l’altérité de l’autre. C’est la seule façon d’échapper à la superficialité des relations conflictuelles ou au contraire fusionnelles, destinées à se dissoudre aussi vite qu’elles se sont formées. La recherche de vérité dans les relations humaines s’est développée pour Simone Weil progressivement, à partir de l’exigence de pureté quand elle était adolescente jusqu’à la récupération des sources grecques de l’harmonie.

Simone fait référence à Platon, qui, imprégné de la doctrine de Pythagore, exprime, dans le Philèbe, la conviction que l’amitié et la justice sont des dons des dieux. «Il est impossible que deux êtres humains soient un, et cependant respectent scrupuleusement la distance qui les sépare, si Dieu n’est pas présent en chacun d’eux. Le point de rencontre des parallèles est à l’infini»[24]. En termes mathématiques, le point de rencontre est la moyenne proportionnelle entre le nombre et l’unité, laquelle est expression de la médiation divine. La moyenne proportionnelle est ce que les pythagoriciens considèrent comme la clé, le pont entre Dieu et la création. La fameuse expérience de la rencontre de Simone avec le Christ la convainc que la médiation est le Christ lui-même.

Amitié “Trinitaire”. Le tiers-medium assume de nombreux niveaux, à partir de ceux plus objectifs de l’impersonnel – langage, institutions, justice – jusqu’au miracle d’une transparence divine, quelqu’un qui est en même temps absent et présent: «Le Christ a peut-être voulu indiquer cela concernant l’amitié chrétienne quand il a dit: « Quand deux ou trois d’entre vous seront réunis en mon nom, je serai parmi eux» L’amitié pure est une image de l’amitié originelle et parfaite qui est celle de la Trinité et qui est l’essence même de Dieu»[25].

Dans une optique trinitaire Simone voit une mystérieuse harmonie entre personne et impersonnel qui empêche les différences de disparaitre dans l’unité. Dans l’expérience concrète les deux aspects sont difficiles à concilier. Toute tentative de synthèse est une consolation illusoire, si «l’unité des contraires est mal faite»[26].

L’obéissance impersonnelle. L’obéissance, mot clé de l’univers weilien, serait une pure oppression, une manipulation du pouvoir, si elle n’était pas liée à l’être en tant que tel. Paradoxalement, elle constate que Dieu est obéissance, et donc il obéit dans sa relation avec le monde et même, en quelque sorte, dans les relations interpersonnelles au sein de la Trinité. Par le fait qu’il s’est retiré du monde et qu’il acréé des lois autonomes de développement, il doit sans cesse obéir à ce monde qui est ce qu’il est, rien d’autre. «Même la puissance de Dieu est obéissance»[27], donc:«Ce qui en l’homme est l’image même de Dieu, c’est quelque chose qui en nous est attaché au fait d’être une personne, mais qui n’est pas ce fait lui-même. C’est la faculté de renoncement à la personne. C’est l’obéissance (…).»[28]. Le concept d’obéissance mène à une sorte d’action non agissante de la part de l’homme, qui correspond à l’action non agissante de Dieu (en tant que Père il laisse son fils à la merci d’un destin cruel). C’est comme si à la fois Dieu et l’homme vivaient la même dynamique personnel-impersonnel: ils agissent comme étant responsables en première personne et en même temps ils obéissent librement à la nécessité.

L’ordre du monde. Lorsqu’ on fait l’expérience de la nécessité qui domine la nature (Tsunami, éruptions volcaniques, tremblements de terre) et les hommes, comme la marâtre dans la poésie de Leopardi, il est difficile de penser à un Dieu personne. Ces événements imprévisibles sont subis par un choc qui bouleverse tous les sens de l’histoire et de la foi. L’ordre du monde semble cruel et absurde comme une fatalité impersonnelle à laquelle les dieux et les hommes sont soumis et qui les conduit tous là où ils ne veulent pas[29]. Cette absence d’explication acceptable, ce sentiment d’être à la merci de l’irrationnel est le problème par excellence des Grecs. Dans ce cas, la liberté humaine consiste dans le consensus: «L’intelligence de la nécessité est une imitation de la création»[30].

L’imitation de l’ordre du monde, de la passivité des choses inertes signifie abandonner l’ambition de comprendre et de gérer sa propre vie et celle de la nature et accepter de poser des questions sans prétendre à des réponses, implorer de tout cœur une harmonie qui n’existe pas, demander si l’amour est là, même si personne ne répond. Le consensus se situe au carrefour entre le besoin et l’amour[31]. Dans ses réflexions Simone est sans cesse confrontée à des contradictions, en particulier lorsque Dieu est absent, bien que la foi affirme sa présence.

Simone a une profonde admiration pour l’impersonnalité de l’amour universel et rejette toute idée de Dieu qui révèle une préférence personnelle, par exemple celle pour les juifs, comme d’autre part elle rejette les miracles qui violeraient l’ordre du monde pour l’orienter à des fins personnelles. Le choix d’aimer l’ordre du monde tel qu’il est, représente la nécessité de ne pas se bâtir un Dieu à sa propre mesure. Il est mieux, à son avis, d’apprendre à reconnaître le miracle de toute manifestation de véritable amour: «Une aumône accomplie par charité pure est un prodige aussi grand que la marche sur les eaux»[32].

Événements. Chaque événement porte une trace de vérité, qui conduit l’âme à accepter à la fois ce qui est positif et ce qui ne l’est pas du tout. L’événement n’est pas le résultat d’un choix, il s’impose de l’extérieur. Les anciens avaient l’ataraxie pour faire face au non gouvernabilité des événements. Chacun doit vivre la vie qui lui est accordée: être ce qu’il est appelé à être. Toutefois les événements ont une valeur en plus, si on est capable d’en comprendre le message codé d’un Dieu personnel: «Tous les événements de la vie, quels qu’ils soient, sans exception, sont des marques d’amour de Dieu par convention, de la même manière que le pain de l’Eucharistie est la chair du Christ. Mais une convention avec Dieu est plus réelle que qu’aucune réalité. Dieu établit avec ses amis un langage conventionnel. Chaque événement de la vie est un mot de ce langage. Ces mots sont tous des synonymes, mais, comme il arrive dans le beau langage, chacun avec sa nuance tout à fait spécifique, chacun intraduisible. Le sens commun de tous ces mots, c’est: «Je t’aime». Il boit   un verre d’eau. L’eau est le «je t’aime» de Dieu. Il reste deux jours dans le désert sans rien trouver à boire. Le desséchement de la gorge est le «je t’aime» de Dieu. Dieu est comme une femme importune, collée à son amant, et lui disant tout bas dans l’oreille, pendant des heures, sans s’arrêter, «Je t’aime -Je t’aime -Je t’aime -je t’aime….”. Ceux qui sont des commençants dans l’apprentissage de ce langage croient que certains de ces mots seulement veulent dire «Je t’aime». Ceux qui connaissent le langage savent qu’il ne s’y trouve qu’une signification. Dieu n’a pas de mot pour dire à sa créature: “Je te hais”. En un sens, la créature est plus puissante que Dieu. Elle peut haïr Dieu et Dieu ne peut pas la haïr à son tour. Cette impuissance fait de lui une Personne impersonnelle. Il aime, non pas comme j’aime, mais comme une émeraude est verte. Il est “J’aime.” Et moi, si j’étais dans l’état de perfection, j’aimerais comme une émeraude est verte»[33].

Le temps. Même l’acceptation du temps est une nécessité qui fait partie du monde. Dieu a créé entre lui et le monde l’impersonnalité du temps, face à laquelle il n’a aucun pouvoir. L’espoir dans le vrai sens est seulement optimisme superficiel à moins qu’ il n’ implique l’acceptation de l’impersonnalité et la patience d’attendre le déroulement du temps, jusqu’à la consommation et la mort. Ni homme ni Dieu ne peuvent faire que ce qui a été fait n’ait pas eu lieu, parce que leur rencontre a lieu dans le temps: «Dieu attend comme un mendiant qui se tient debout, immobile et silencieux, devant qui peut-être va lui donner un morceau de pain. Le temps est cette attente. Le temps est l’attente de Dieu qui mendie notre amour. Les astres, les montagnes, la mer, tout ce qui nous parle du temps nous apporte la supplication de Dieu »[34]; ” «Dieu et l’humanité sont comme un amant et une amante qui ont fait erreur sur le lieu du rendez-vous. Chacun est là avant l’heure, mais chacun dans un endroit différent et ils attendent, attendent, attendent. L’amant est debout, immobile, cloué sur place pour la perpétuité des temps. L’amante est distraite et impatiente. Malheureux à elle si elle en a assez et s’en va! Car les deux points où ils se trouvent sont le même point dans la quatrième dimension»[35].

Beauté. Weil nous a donné de profondes méditations sur la beauté. Ici nous prêtons attention au rapport entre beauté et impersonnel: «La Vérité et la beauté – écrit-elle – habitent ce domaine des choses impersonnelles et anonymes … Ce qui est sacré dans la science c’est la vérité. Ce qui est sacré dans l’art c’est la beauté. Vérité et beauté sont impersonnelles … La perfection est impersonnelle»[36]. La beauté est le «sourire» de Dieu qui fait un clin d’œil à l’homme à travers le monde. Il s’agit d’un piège qui attire dans le domaine de la vérité. Dans le mythe gréco-romain de Perséphone, si souvent médité par Simone Weil, tout ce qui est vérité vient d’en haut, par un Dieu qui attire la jeune fille dans la patrie céleste et qui séduit son âme en l’invitant à manger une graine. Il veut qu’en retournant sur la terre elle n’oublie pas sa vraie patrie. Cela indique que la beauté et la vérité sont d’origine céleste[37].

  1. La joie suppose l’impersonnel ni plus ni moins que le malheur. Simone Weil écrit à son ami J. Bousquet: «Je suis convaincu que le malheur d’une part, d’autre part la joie, comme adhésion totale et pure à la parfaite beauté, impliquant tous deux la perte de l’existence personnelle, sont les deux seules clés par lesquelles on entre dans le pays pur, le pays respirable ; le pays du réel»[38]. Ce n’est pas bon de rechercher le bonheur ou l’amour en tant qu’ objectifs premiers, comme s’il était possible de les acheter au solde: ils sont une conséquence imprévue, un cadeau.

Dieu personnel-impersonnel. Il va de soi pour l’homme de concevoir un Dieu dépendant par ses conditionnements et intérêts, par les complexités de sa psyché, par son inconscient. Si on ne passe pas par l’être impersonnel – Spinoza avait raison là-dessus – Dieu est en fait un totem. Il n’est pas possible de penser rejoindre le ciel en sautant toujours plus haut. Il faut tout simplement attendre et aimer, et Dieu lui-même se révèle[39].

Toutefois, l’impersonnalité de Dieu pourrait signifier le réduire à une chose. Simone comprenait bien qu’il était nécessaire de sauver la présence simultanée de la contradiction: «Il faut aimer Dieu impersonnel à travers un Dieu personnel (et derrière encore Dieu l’un et l’autre, et derrière encore Dieu ni l’un ni l’autre), de peur de tomber à le concevoir comme une chose, ce que arrive parfois à Spinoza»[40]. Le terme «Personnel-impersonnel» désigne une antinomie inévitable[41], parce que: «Dieu est aussi le véritable prochain. Le terme de personne ne s’applique avec propriété qu’à Dieu, et aussi le terme d’impersonnel»[42]; «Dieu doit être impersonnel pour être innocent du mal, personnel pour être responsable du bien»[43].

Personne et impersonnel restent deus aspects incontournables d’un Dieu qui est relation et essence et, en même temps, au-delà de l’essence et du rapport, union et déchirure. Grace à la clé analogique Créateur/créature, les êtres humains imitent Dieu dans cette contradiction incontournable: «Les corrélations des contraires sont comme une échelle – écrit S. Weil -. Chacune nous élève à un plan supérieur où habite le rapport qui unit les contraires. Jusqu’à ce que nous parvenions à un endroit où nous devons penser ensemble les contraires, mais où nous ne pouvons pas avoir accès au plan où ils sont dans lequel ils sont liés. C’est le dernier échelon de l’échelle. Là nous ne pouvons plus monter, nous devons regarder, attendre et aimer. Et Dieu descend»[44].

Le saint. Le saint est le “je” de-créé[45], celui qui aime Dieu en tant que personne et être impersonnels, dans un esprit de total abandon. Les saints montrent du génie – tout à fait distinct du talent – dans le refus de se faire un Dieu « à eux », car ‘l’amour surnaturel’ par contre, se fait à la mesure de Dieu.

Grace à la mystique les saints ont dépassé les limites de la religion par rapport à tout ce qu’on peut trouver d’humain dans l’organisation (culture, rites, et tous les biens considérés comme divins, mais qui sont souvent un refuge et le zeste de surnaturel, y compris la consolation d’appartenir au «nous» de l’Eglise. Le saint de Simone Weil sait éradiquer de lui-même la religion pour s’enraciner en Dieu, même s’il se sent ensuite obligé de «retourner» dans le monde, expérience souvent douloureuse pour ceux qui ont goûté le ciel et doivent accepter la terre qui leur apparait comme une mauvaise copie inhabitable du monde de la vérité. Le saint apprend à renoncer au surnaturel en répétant en soi l’expérience de l’Incarnation: «Incarnation. Ne pas être attaché au surnaturel. Le Verbe s’est complètement dépouillé de sa divinité»[46].

Catholicité. Pour assumer le point de vue impersonnel de Dieu il faut être véritablement “catholique”, c’est à dire élargir le cœur à la totalité du cosmos, tout en reconnaissant les germes du bien là où ils sont. Le catholicisme devrait être effectivement le contraire du confessionnalisme et du fondamentalisme. «Notre amour doit avoir la même étendue à travers tout l’espace, la même égalité dans toutes les portions de l’espace, que la lumière même du soleil. Le Christ nous a prescrit de parvenir à la perfection de notre Père céleste en imitant cette distribution indiscriminée de la lumière. Notre intelligence aussi doit avoir cette complète impartialité. Tout ce qui existe est également soutenu dans l’existence par l’amour créateur de Dieu. Les amis de Dieu doivent l’aimer au point de confondre leur amour avec le sien à l’égard des choses d’ici-bas.»[47]. Pour que le catholicisme soit vraiment ainsi il faut ouvrir les cœurs et les esprits à toute l’histoire des siècles passés, comme un tout et en différentes étapes, à l’amour de tous les peuples et de leurs cultures, à tout ce que l’histoire a produit de « profane », et reconnaître la vérité des doctrines considérées par l’Église comme hétérodoxes. Cela aussi est un processus de kénose similaire à celui de l’Incarnation du Verbe.

Le malheur écarté. Dans l’optique de Weil les personnalistes ne prêtent pas suffisamment attention au malheur. Et pourtant il n’est pas possible de comprendre la personne sans malheur. On peut même dire que la personne sans le malheur qui la rachète, l’humanise et la sanctifie, est une idole. Le malheur frappe chacun, dans des temps et avec des moyens différents, indépendamment des distinctions de classe et de culture, sans suivre un fil logique ou éthique, sans tenir compte de la justice. La notion de personne, dans le sens sémantique d’intégrité et de rationalité, est un luxe bourgeois qui met une sourdine au cri des malheureux, écrasés par l’injustice. Puisque les expériences du malheur sont indicibles, une sorte de vide de sens, elles ne sont tout simplement pas mentionnées, elles sont les écarts de la personne muette: «ceux qui pourraient les dire ne peuvent pas les formuler, ceux qui pourraient les formuler ne peuvent pas le dire»[48].

On peut trouver des figures paradigmatiques du malheur dans quelques personnages de l’Iliade, Job, le crucifix. Les Grecs avaient le mérite de ne pas bâtir d’explications inexplicables. Ils représentent simplement le mal dans sa frustrante irrationalité, dans sa force écrasante et absurde qui met chaque être humain à la merci du sort, lorsque l’âme ne peut que crier son «pourquoi». Si le malheur a un sens, il échappe à l’impersonnel. Avoir un objectif – comme dans le martyre ou dans la souffrance “offerte”- réduit l’impact du malheur: «Faire de la souffrance une offrande est une consolation, et par suite un voile jeté sur la réalité de la souffrance. Mais de même aussi regarder la souffrance comme un châtiment. La souffrance n’a pas de signification. C’est l’essence même de sa réalité. Il faut l’aimer dans sa réalité, qui est absence de signification. Autrement on n’aime pas Dieu»[49]. Puisque le malheur crée dans la personne un vide sans fond, le malheur impose à chacun de revivre l’expérience du Christ: « Pourquoi m’as-tu abandonné?».

Seul le consensus prive l’âme du mal. Il a la miraculeuse vertu de transformer le mal en bien, l’injustice en justice. Grace à lui la souffrance devient la perle précieuse qui permet même aux plus misérables des mortels de pénétrer le mystère de Dieu: «C’est dans le malheur lui-même que resplendit la miséricorde de Dieu. Tout au fond, au centre de son amertume inconsolable. Si on tombe en persévérant dans l’amour jusqu’au point où l’âme ne peut plus retenir le cri « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné », si on demeure en ce point sans cesser d’aimer, on finit par toucher quelque chose qui n’est plus le malheur, qui n’est pas la joie. qui est l’essence centrale, essentielle, pure, non sensible, commune à la joie et à la souffrance. et qui est l’amour même de Dieu. On sait alors que la joie est la douceur du contact avec l’amour de Dieu, que le malheur est la blessure de ce même contact quand il est douloureux, et que le contact lui-même importe seul, non pas la modalité»[50].

Fécondité du consentement. Le consentement permettra aux croyants et aux athées de rechercher ensemble le bien et de se conformer à lui: «Tous ceux qui possèdent à l’état pur l’amour du prochain et l’acceptation de l’ordre du monde, y compris le malheur, tous ceux-là, même s’ils vivent et meurent en apparence athées sont surement sauvés. Ceux qui possèdent parfaitement ces deux vertus, même s’ils vivent et meurent athées sont des saints. Quand on rencontre de tels hommes, il est inutile de vouloir les convertir. Ils sont tout convertis, quoique non visiblement… à nouveau à partir de l’eau et de l’esprit, même s’ils n’ont jamais été baptisés; ils ont mangé le pain de vie, même s’ils n’ont jamais communié»[51].

  1. Y a-t-il quelque chose de plus dénué de sens et de plus impersonnel que la croix sur les épaules d’un innocent? Ici il n’y a aucune considération pour la personne. Pourtant, la Croix déchire le voile qui cache la beauté du monde et permet le contact avec la pure vérité; Simone voit la croix comme un vrai privilège pour l’âme et elle écrit: «Pour le privilège de me trouver avant de mourir dans un état parfaitement semblable à celui du Christ quand, étant sur la croix, il disait:” Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” – pour ce privilège, je renoncerais volontiers à tout ce qu’on nomme le Paradis»[52].

Sans la croix, l’harmonie est illusoire, un produit de ces bouffonneries artificielles de l’esprit qui au long du cours de l’histoire ont produit de fausses idéologies en distribuant consolations et conciliations purement horizontales. «La croix symbolise à la fois l’union et la séparation des contraires, et l’unité de cette union et de cette séparation. Le péché est mauvaise union des contraires»[53]. Au niveau métaphysique, la réflexion sur le péché mène à la conclusion suivante: «Notre péché, met une dissonance dans l’harmonie parfaite, il n’est possible de refaire l’harmonie parfaite que par une ammonisation parfaite qui implique auparavant la dissonance intégrale»[54]. Pour cela elle écrit: «C’est pourquoi saint Jean dit que l’Agneau a été égorgé dès la constitution du monde»[55].

 

       L’universalité du génie. Le Christ de l’abandon est considéré par Simone Weil comme le centre de l’histoire. « À n’importe quelle époque, dans n’importe quel pays, partout où il y a un malheur, la Croix du Christ en est la vérité. Tout homme qui aime la vérité, au point de ne pas courir dans les profondeurs du mensonge pour fuir la face du malheur, a part à la croix du Christ, quelle que soit sa croyance. Si Dieu avait consenti à priver du Christ les hommes d’un pays et d’une époque déterminé, nous le reconnaîtrions à un signe certain, c’est que parmi eux il n’y aurait pas de malheur. Nous ne connaissons rien de pareil dans l’histoire. Partout où il y a le malheur, il y a la croix, cachée, mais présente à quiconque choisit la vérité plutôt que le mensonge et l’amour plutôt que la haine»[56].

Ceux qui se laissent attirer par cette croix ont de la chance car ils possèdent le pouvoir du roi Midas de transformer la réalité en or, «l’âme qui aime est alors contrainte de refaire elle- même en elle-même l’unité des contraires, de faire poussée par la grâce de Dieu, mais coopérant avec lui, ce que Dieu avait fait dans le corps tout à fait sans elle. …Ainsi la croix est la porte vers les profondeurs de la sagesse de Dieu»[57]. Ce n’est pas une coïncidence si le génie est considéré comme le fruit excellent de la croix. Le Genius possède le secret du levier du monde: «Le génie, comme la Grace, est l’aile qui fait aller en haut ce qui est pesant»[58].

Une relation Eucharistique. La compréhension de l’analogie trinitaire conduit Simone Weil à reconnaître la dynamique des plaies et de l’harmonie retrouvée dans les relations circulaires: «Image parfaite de l’acte éternel et bienheureux qui est la vie de la Trinité»[59]. Souffrance et réciprocité sont inséparables dans le circuit du don. Toute l’histoire, dans sa complexité, est le miracle de la réciprocité impossible – et pourtant toujours poursuivie – entre l’homme et Dieu, donnée gratuitement grâce à l’Eucharistie. L’être humain revit en lui-même un tel amour kénotique en obéissant à la mort dans le dernier et sublime moment de son existence. Il accepte de devenir nourriture pour la terre, de se soumettre dans le temps à la consommation des petites morts qu’il rencontre dans le travail manuel ou intellectuel, aussi bien comme dans les diverses souffrances de la vie: «Communion catholique. Dieu ne s’est pas seulement fait une fois chair,   il se fait tous les jours matière pour se donner à l’homme et en être consommé. Réciproquement, par la fatigue, le malheur, la mort, l’homme est fait matière, est consommé par Dieu. Comment refuser cette réciprocité?»[60].

 

[1] Université de Chieti. Codirecteurs de la revue “Prospettiva Persona” et du Centre de Recherche Personnaliste (www.prospettivapersona.it). Ce texte on peut le retrouver en italien dans le actes du colloque International de Teramo (10-12-12. 2008): G. P. Di Nicola-A. Danese, Persona e impersonale in Simone Weil, Rubbettino, Soveria Mannelli 2009; cf aussi Simone Weil. Abitare la contraddizione, Dehoniane, Roma 1991; Abissi e vette. Il percorso spirituale e mistico di Simone Weil, Libreria Editrice Vaticana, Roma 2002; M. C. Bingemer- G. P. Di Nicola (a cura), Simone Weil. Azione e contemplazione, Effatà Torino 2005.

[2] EL, 21. Cf G. Hourdin, Simone Weil, La Découverte, Paris 1989, p. 236. Voir aussi des lettres entre Mounier et la Weil (par G. Leroy, in CSW, 4 [1984] 315-319 et le compte rendu fait par Mounier , Enracinement, in «Esprit», 163 [1950] ).

[3] CO, 24. Cf J. Duperray, Quand Simone Weil passa chez nous; témoignage d’un syndicaliste, «Les Lettres Nouvelles» [Paris], XII [1964], 85-101, 123-138).

[4] Cf S. Fraisse, La personne et le droits de l’homme, in CSW, 2 (1984),   120-132, 125.  

[5] Cf E. Mounier, Œuvres, Seuil, Paris 1961-1963, III, 488 e 209.  

[6] EL, 11-12.  

[7] EL, 20.  

[8] EL, 16.  

[9] Cf A. Camus, Taccuini, gennaio 1942- marzo 1951, inOpere, Bompiani, Milano 1965, 282.  

[10] EL, 13.  

[11] EL, 12.  

[12] CEL, 23-25

[13] «Les rapports entre la collectivité et la personne doivent être établis avec l’unique objet d’écarter ce qui est susceptible d’empêcher la croissance et la germination mystérieuse de la partie impersonnelle de l’âme. Pour cela il faut d’un coté qu’il y ait autour de chaque personne de l’espace, en degré de libre disposition du temps, des possibilités pour le passage à des degrés d’attention de plus en plus élevés, de la solitude, du silence. Il faut en même temps qu’elle soit dans la chaleur pou que la détresse ne la contraigne pas à se noyer dans le collectif» (EL, 21).

[14] EL, 27.  

[15] EL, 12.  

[16] EL, 17.   J.-M. Domenach aussi partage la critique sevère de S. Weil et G. Thibon sur le personnalisme (J.-M. Domenach, E. Mounier, ed. Du Seuil, Paris 1972, 76-77); cf E. Gabellieri, Simone Weil et Gustave Thibon, in CSW, 2 (1990), 179-201, 189.

[17] EL, 18.  

[18] EL, 19. Simone pense aux cultures grecque et romaine: «On à raison quand on dit que l’antiquité n’avait pas la notion du respect dût   à la personne. Elle pensait beaucoup trop clairement pour une conception tellement confuse » (EL, 19).

[19] EL, 81.

[20] Cf G. P. Di Nicola-A. Danese, Silone, percorsi di una coscienza inquieta, Fondazione Silone, L’Aquila 2006.

[21] AD, 30.

[22] EL, 19-20.  

[23] EL, 87.

[24] AD, 207; cf. IP, 127-129.

[25] AD, 207;

[26] C, III, 253.

[27] CS, 309.

[28]AD, 172.  

[29] «Les récits de la Passion montrent qu’un esprit divin, unit à la chaire, est altéré par le malheur, tremble devant la souffrance et la mort, se sent, au fond de la détresse, séparé des hommes et de Dieu(SG, 39).

[30] C, III, 104.

[31] Cf IP, 147.

[32] LR, 56.

[33] CS, 76-77.

[34] CS, 91.

[35] CS, 92.

[36] EL, 17.  

[37] IPC, 11-12. Cf S. Weil, Il chicco di melagrana, a cura di E. Brambilla, San Paolo, Milano 1998.

[38] S. Weil, Lettre à Bousquet, PSO, 83.

[39] Sur Spinoza cf S. Weil, Immanence et transcendance, Manuscrits, III, (2), Bibliothèque Nationale, Paris, 386. Cf E. Gabellieri, Dieu personnel, dieu impersonnel, dieu trinitaire: mystique et cristianisme chez S. Weil et J. Monchanin,  in «Theophilyon», 2 (1998), 449-478.

[40] C, II, 207.

[41] CS, 77-78.

[42] AD, 213. Cf. E. Przywara, Edith Stein et Simone Weil. Essentialisme, Existentialisme, Analogie, in «Les études philosophiques», Marseille, n. 11 (1956), 458-472, 460 ss.

[43] CS, 59.  

[44] C, II, 408.

[45] Cf C II, 161.

[46] C, II, 166.

[47] AD, 79.

[48] EL, 28.  

[49] C III, 109.

[50] AD, 69-70.

[51] LR, 37-38.

[52] CS, 109.

[53] C III, 251.

[54] C, III, 193.

[55] AD, 98

[56] PSO, 124.

[57] C, III, 192.   Simone Weil écrit : « la croix est notre patrie» (PSO, 113).

[58] C, III, 158.

[59] IP, 27. «La Trinité étant acte qui a soi-même pour sujet et pour objet est parfaitement représenté par le mouvement circulaire, que les Grecs pour cette raison, disait être divin»(C, II, 395, cf. anche : C, III , 311; CO, 268; E, 367; IP, 159).

[60] PG, 38. Cf A. Cugno, Jean de la Croix et Simone Weil, CSW, 4 (1986), 299-319, 319.  

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